Anya Ulinich

Posté par ribambelles le 25 octobre 2009

ANYA ULINICH  Petropolis

en français: La folle équipée de Sashenka Goldberg

Vous trouverez dans cette page, une présentation de l’auteur et de son roman, une bonne partie du premier chapitre, en français, puis en anglais et un album photos de peintures de l’auteur. You will find here a presentation of the author and of her novel, a large part of chapter one in french, and photos of the author’s paintings. You can read the chapter one on the author’s site:

http://us.penguingroup.com/static/html/fof/petropolis.html

The author’s site:   http://www.anyaulinich.com/

Née en 1973 à Moscou, Anya Ulinich émigre aux États-Unis avec sa famille à l’âge de dix-sept ans. Elle y poursuit sa formation artistique soviétique à Chicago puis à l’université de Californie, où elle obtient un diplôme de peinture.
En 2000, elle emménage à Brooklyn et met de côté la peinture pour se consacrer à l’écriture. La Folle Équipée de Sashenka Goldberg est son premier roman. Il lui a valu de figurer, aux côtés notamment de Dinaw Mengestu, dans la liste des cinq auteurs de moins de trente-cinq ans élus en 2007 par le National Book Foundation comme les plus prometteurs d’une nouvelle génération d’écrivains.

Présentation du roman:  Sasha Goldberg ne s’est jamais sentie à sa place nulle part. Enfant déjà, à Asbestos 2, au fin fond d’une vallée minière sinistrée, ses cheveux crépus, son teint mat et ses kilos en trop en faisaient la risée de ses camarades post-soviétiques. Et nul réconfort à attendre de sa mère, sans cesse déçue par cette enfant indigne de l’intelligentsia. Alors, comme son père avant elle, Sasha va tenter le rêve américain. À Phoenix, au bras de Neil, ce cow-boy dégarni de vingt ans son aîné, avec lequel elle s’est fiancée par correspondance. À Chicago, auprès de ses compatriotes émigrés, entre corvées ménagères, galas de bienfaisance et cours accélérés de judaïsme. Et plus loin encore, à la recherche de son père, d’elle-même et d’un endroit où se sentir enfin chez soi…

Anya Ulinich was born in 1973 in Moscow. She began studying art as a child. When Anya was seventeen, her family left Moscow and immigrated to the United States. Anya attended the School of the Art Institute of Chicago and received an MFA from the University of California at Davis. In 2000, she moved to Brooklyn, abandoned painting and began to write. Petropolis is her first novel.

Sasha Goldberg has always been an outsider. A chubby, biracial Jewish girl growing up in the Siberian town of Asbestos 2, whose father abandoned the family for America, leaving her to navigate adolescence under the shadow of her overbearing mother. When following her heart gets her into trouble at home, Sasha becomes a mail–order bride and emigrates to suburban Arizona, finds herself trapped as a millionaires’ pet Soviet Jew in Chicago, and eventually lands in Brooklyn where she confronts her past and finally discovers herself. Petropolis is a hilarious and poignant debut that takes on motherhood, immigration, and American culture, signaling the arrival of a major new voice in fiction.

Premier Chapitre                 Une qualité naturelle

UNE PALISSADE EN TOLE ONDULEE courait sur toute la longueur d’une rue sans nom, jusqu’au croisement d’une autre rue sans nom. Au bout de la palissade, il y avait six immeubles disposés à intervalles réguliers et une épicerie. Sous la corniche des immeubles, des lettres de un mètre de hauteur disaient: « VIVE L’ARMEE », « SOVIETIQUE », « SE BROSSER », « LES DENTS », « APRES MANGER », « BIENVENUE A », « ASBESTOS 2 », et « VILLE MODELE ! ». Les lettres, rouges et écaillées, étaient peintes sur le ciment entre les briques, ce qui avait obligé les auteurs des slogans à moins se préoccuper de leur sens que du nombre limité de briques sur chaque façade.

A l’automne 1992, Lubov Alexandrovna Goldberg décida de trouver une activité extrascolaire pour sa fille de quatorze ans.

Les enfants de l’intelligentsia ne rentrent pas chez eux l’après-midi pour s’adonner à la bêtise, déclarait Mme Goldberg.

Elle aurait souhaité que Sasha joue du piano, mais les Goldberg n’en possédaient pas, et il n’y avait même pas assez de place pour un hypothétique piano dans le deux-pièces encombré où vivaient Sasha et sa mère.

Le choix de Mme Goldberg se porta par conséquent sur le violon. Elle aimait imaginer Sasha en noir et blanc, photographiée de trois quarts, la frange crépue en moins. Voici Sasha jouant du violon. Comme tu le vois, nous ménageons une place à l’art dans nos vies de plus en plus austères, écrivait-elle dans une lettre imaginaire à M.Goldberg, dont elle ne connaissait pas l’adresse. Mais une fois l’argent dépensé et l’instrument acheté, trois professeurs déclarèrent à tour de rôle que Sasha manquait cruellement d’oreille et était donc inapte à toute éducation musicale.

- Un ours lui a marché sur l’oreille, se plaignit Mme Goldberg aux voisins, et Sasha songea au poids de l’ours et se demanda si en la piétinant, l’animal lui écrabouillerait également la tête jusqu’à la faire éclater comme une noix.

- Tiens-toi droite, Sasha, dit Mme Goldberg, et garde la bouche fermée quand tu manges.

Vinrent ensuite les auditions pour la danse classique et le patinage artistique, et même Mme Goldberg savait que ce n’était pas gagné pour Sasha. Après un essai de patinage, au cours duquel le professeur avait déclaré avec délicatesse que Sasha souffrait d’embonpoint et manquait de coordination, sur le chemin du retour, Lubov Alexandrovna marchait deux mètres devant sa fille dans un silence crispé et pesant. Progressant péniblement dans la neige derrière sa mère, Sasha contemplait les réverbères. Elle essayait de déterminer la direction du vent d’après la trajectoire de flocons sous les halos lumineux, mais ils semblaient tourbillonner en tous sens. Sasha avait le nez en l’air lorsque son pied heurta le bord du trottoir et elle tomba face contre terre dans une congère. C’était plus que Mme Goldberg n’en pouvait supporter.

- Je t’ai dit de cesser de faire de si grandes enjambées. Tu veux voir de quoi tu as l’air quand tu marches? Tiens!

Mme Goldberg agita frénétiquement les bras et fit un pas de géant.

- Tu vois? C’est pour ça que tu n’arrêtes pas de tomber! Tu te fais des croche-pieds toute seule!

Sasha se releva et s’épousseta. La manche droite de son manteau était couverte de neige jusqu’au coude, et l’idée qu’elle allait bientôt fondre la fit frissonner.

- Si j’ai un conseil à te donner, glapit Mme Goldberg c’est de faire attention quand tu marches. Quelle façon de bouger, tu devrais te regarder dans une glace!

Sasha se réveilla et observa la tâche d’humidité au plafond. Pendant un moment, son regard resta vide. Elle laissa les horreurs de la vie s’y insinuer petit à petit, chassant les vestiges de rêves oubliés. C’était le premier jour des vacances d’hiver. Le jour des fruits.

Mme Goldberg expérimentait un nouveau régime pour Sasha: chaque semaine, six jours d’alimentation normale, le septième exclusivement réservé aux fruits. Le terme « fruits » signifiait une orange marocaine desséchée au bas du réfrigérateur et la promesse de sa mère d’en rapporter davantage, puisque de toute façon, on ne trouvait que des oranges, et encore si on avait de la chance, en plein coeur de l’hiver sibérien. Mme Goldberg était déjà au travail ou occupée à dénicher des oranges, son lit aussi impeccable qu’un meuble d’exposition.

Sasha se leva et se rendit dans la cuisine. D’humeur vaguement révolutionnaire, elle fit bouillir de l’eau dans la théière commune pleine de calcaire et rapprocha une chaise du placard. Dans un coin de la plus haute étagère se trouvait le pot de café instantané indien de sa mère. Sasha mit quatre cuillérées de café lyophilisé et quatre de sucre dans sa tasse et versa l’eau. L’arrêt suivant fut pour le réfrigérateur. Sa mère avait caché toute la nourriture qui leur appartenait, mais pas les autres locataires.

Sasha trouva un bout de saucisse enveloppé dans du papier, un oeuf, un morceau de pain noir et une boîte de lait concentré sucré à moitié pleine. Elle mangea une omelette à la saucisse qu’elle fit passer avec du café bouillant. Pour son dessert, elle prit du pain avec du lait concentré. Un peu de lait suintant de la mie, fit des taches.

- Flûte! pesta Sasha, léchant les gouttes sur ses doigts.

Après s’être lavé les mains, elle se prépara une autre tasse de café et fit un nouveau détour par le frigo. Sasha Goldberg était déterminée à profiter de ses vacances. Elles s’achevaient dans six jours, et ses camarades l’attendraient à l’entrée du lycée numéro 13 d’Asbestos 2, prêtes à lui arracher son cartable des mains et à l’envoyer valser sur l’escalier verglacé. « Salut, mocheté! Tu préfères mourir tout de suite ou plus tard? » Sasha extirperait de la neige épaisse ses livres et ses pantoufles plantées comme des bougies d’anniversaire sur un gâteau, avant de se dépêcher d’aller en cours.

Elle exhuma du fond du frigo le pot en émail des Stépanov et souleva le couvercle. A l’intérieur des morceaux de poulet bouilli flottaient dans un liquide verdâtre. Buvant le bouillon à même le pot, Sasha se représenta brièvement en train de dire à sa mère ce qui se passait au Numéro 13. Bien sûr, elle ne ferait jamais une chose pareille. Que sa fille soit une godiche obligée de mettre un glaçon dans sa narine ensanglantée avant d’aller en cours d’algèbre était inconcevable pour Lubov Goldberg. Mme Goldberg essayerait, par la seule force de sa volonté, de revaloriser sur-le-champ l’image que Sasha avait d’elle-même. Il y aurait des questions: « Pourquoi est-ce qu’elles te font ça? » et des suggestions: « Il faudrait peut-être que tu sois plus gentille. Je remarque que tu n’as pas de copines. » Une multitude de nouveaux régimes pourraient surgir de la pile de vieux magazines Burda; le matelas en mousse clouté destiné aux exercices contre les pieds plats ressortirait peut-être du cagibi. Sasha savait que chaque nouvelle règle échouerait, et qu’au final, elle aurait un aperçu de l’ampleur du mépris que sa mère lui portait.

Anya Ulinich
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