Philippe Labro

Posté par ribambelles le 22 octobre 2009

 

Philippe Labro: « Les gens »

Une jeune fille au pair perdue en Californie, une femme jetée par son amant et un animateur télémégalo : trois destins réunis par le même manque d’amour. À travers une fresque romanesque en crescendo, Philippe Labro dresse avec subtilité les contours d’une comédie humaine taillée pour ce début de siècle. 


The paths of three individuals, from vastly different backgrounds, cross in Paris. What they have in common is immeasurable loneliness and with each other’s help they begin to leave their distress behind.

En voici deux extraits:

Je te l’avais bien dit (chapitre 6)

… ce passe-temps français de celles ou ceux qui, enclins à une forme de pessimisme non déclaré, annoncent défaites et catastrophes, les petites cassandres de la vie quotidienne, emmitouflées dans leur refus du dérangement et de la transgression, adversaires de tout risque et a fortiori, de toute création, tout changement et qui, lorsque survient en effet l’accroc ou la rupture – puisque nos vies sont faites de cela – vous assènent avec la satisfaction placide du gros mangeur à la fin d’un copieux repas: – Je vous l’avais bien dit.

Les « je vous l’avais bien dit » appartiennent à une espèce particulière que l’on peut rapprocher d’une autre race, les « c’est plus comme avant » qui, eux-mêmes, sont les cousins des « on ne l’a jamais fait », et des « ça ne marchera jamais ». Viennent ensuite les « faut tout de même pas exagérer », eux-même cousins des « je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas mais », et à rapprocher enfin de la secte suprême des « puisque je vous dis que c’est vrai ! ».

 

Thymos (chapitre 7)

  • A la fin, ils veulent quoi, les hommes? Qu’est-ce qui les fait bouger?
  • Thymos. C’est pas le cul, c’est pas le blé, c’est pas le pouvoir. Tu veux savoir? C’est le thymos.
  • Le quoi?
  • Le thymos! N’avez pas lu Platon, jeunes gens? Avez-vous oublié ce qu’il a dit sur les trois principales composantes de l’âme humaine? Il y a la raison, le désir (éros) et il y a le thymos c’est-à-dire le besoin de reconnaissance. Thymos, c’est ce qui motive le meilleur et le pire chez les hommes. A l’origine de toutes actions, guerrières, politiques, religieuses, économiques, on retrouve le thymos. La permanente compétition qui nourrit l’histoire des hommes, les conquêtes de territoires, les conflits d’idéologies, de religions ou de races, le thymos. Reconnaissez-nous, disent les Palestiniens aux Israéliens. Reconnaissez-nous, disent les Israéliens aux Arabes, reconnaissez-nous bombardent les Chinois aux Etats-Uniens, ou alors on vous étouffe sous nos milliards de produits fabriqués n’importe comment aux prix les plus bas et on empoisonne des milliards de bébés ou d’écoliers avant d’asphyxier la terre entière, après avoir à coups de barrage des Trois-Gorges annihilé l’existence de nos paysans – reconnaissez-nous, répondent les Ricains au reste du monde. Reconnaissez nos films et nos protéïnes, nos 90% de croyants en Dieu, nos erreurs et nos défaites, reconnaissez que nous avons thymoisé le XXe siècle et que nous entendons le faire encore au cours du XXIe , même si la concurrence se pointe et que nous avons mal démarré le siècle. Reconnaissez-nous, disent les ex-Soviétiques devenus russes, reconnaissez notre puissance, notre importance, l’identité de notre éternelle Russie, notre puissance courroucée, et les Tchétchènes, les Kazakhs, les Géorgiens, les Ukrainiens, les Mongols crient, de leur côté, reconnaissez-nous aussi. Reconnaissez-moi demande le petit homme iranien en chemise qui construit son arme de destruction massive et qui s’adresse au reste du monde, aux Européens, à qui les Turcs réclament la même chose, les Turcs auxquels les Kurdes – les chiites, auxquels les sunnites…

«  Mais si tu ne me reconnais pas, je te massacre, je t’explose, je t’exécute, je t’inquisitionne, je te terrorise, je t’onzeseptembrise, je te guantanamise, je te benladise, je boirai le sang qui giclera des veines éclatées de ta tête que j’aurai tranquillement tranchée, je te hututerai et tu tutsimourras. Je t’irakerai. Je te djihaderai. Je te poutinerai. Je te pantagonerai. Faut pas croire, je suis capable de tout, si tu refuses de me reconnaître.

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