Philippe Delerm

Posté par ribambelles le 22 octobre 2009

In this little book « My grandmother had the same one » Philippe Delerm describes the friendly moments, small aggravations, furtive pleasures, great moments of solitude and wonderments in this collection of phrases.
Voici deux extraits de: « Ma grand-mère avait les mêmes » ou « Les dessous affriolants des petites phrases », de Philippe Delerm : « N’oubliez pas d’éteindre vos portables », suivi de « C’est le soir, que c’est difficile »

N’oubliez pas d’éteindre vos portables.

 

Le directeur du théâtre a son petit rôle à jouer. Pas le plus facile. Il intervient alors que la salle est encore allumée, que nombre de spectateurs sont en train de prendre place. Il ne bénéficie d’aucune sonorisation, d’aucune attente du public. En habitué du spectacle, il sait qu’il ne doit pas forcer sa voix, plutôt jouer le naturel et la décontraction, une main dans la poche, pour convertir la rumeur babillarde de l ’assistance en silence poli. Il vient dire un mot sur ce qui va suivre, mais surtout faire aux abonnés et aux visiteurs de passage la publicité pour les autres spectacles de la saison, du quatuor de Varsovie au one man show du jeune clown primé l ’année précédente à la cérémonie des Molière – en insistant bien sûr sur ceux dont la location n’est pas un franc succès. Tout cela ne doit pas sentir la réclame, mais constituer le reflet d’une politique culturelle riche et variée.

En même temps, on sait bien. La technologie moderne imposera une petite phrase que l’on trouvait supportable il y a quelques années, mais dont la répétition a fait le comble du cliché. Le directeur intello débonnaire qui a cotoyé bien des vedettes – il parle de François Morel en disant François – perdrait beaucoup de son prestige à jouer les professeurs étroits sur la fin de sa prestation. C’est terrible comme on peut craindre de paraître idiot ou réactionnaire en exigeant d’un public supposé évolué ce que ce dernier sait bien qu’on va lui imposer.

Mais le directeur a plus d’un tour dans son sac, et sait déjà comment conjurer la terreur du stéréotype. Il marque un temps d’arrêt à la fin de sa prestation. De la contrainte au ras des pâquerettes, il va faire un atout, presqu’un effet:

 

N’oubliez pas de rallumer vos téléphones portables avant de quitter la salle

 

 

C’est le soir, que c’est difficile

« Dans la journée, ça va. » C’est beau, cette humilité de la personne qui se retrouve seule, ou qui vient de connaître une perte cruelle. Elle admet que le jour apporte ses dérivatifs, les courses, un peu de jardinage, les infos du matin à la radio, quelques instants de bavardage. Si elle travaille encore, le divertissement pascalien s’impose de lui-même – d’autant qu’en ce moment, ça ne plaisante pas.

Elle n’en remet pas, et nous touche d’autant. Comment répondre à des sanglots, à l’expression dramatique d’une souffrance dont l’intensité nous exclurait? Mais là, c’est comme si elle nous laissait pénétrer dans sa tristesse, en en minimisant les contours, en réduisant sa différence. Oui, il lui arrive encore souvent de rire ou de sourire, tiens, l’autre jour j’ai regardé l’imitateur, vous savez, le nouveau.

Et puis il y a ces points de suspension laissés dans l’intégrité de l’analyse. Et la seconde phrase, consentie dans la même douceur de ton : « C’est le soir, que c’est difficile. » Comme elle fait mal, cette évaluation discrète du malheur ! La personne vous parlait, et tout à coup c’est comme si elle se parlait à elle-même – d’ailleurs son regard s’est détourné, pour chercher des raisons de poursuivre un horizon.

On sent qu’elle donne raison au soir, que le jour n’est qu’un conglomérat de subterfuges auxquels tous les humains se laissent prendre, parce que c’est comme ça, parce qu’il faut bien. Combien de temps subsistera cette alternance? Elle fait bonne figure, elle n’encombre pas. On peut poursuivre un bout de chemin avec elle, en parlant de tout et de rien; elle est si naturelle qu’on a même fini par l’interroger sur son chagrin. Elle a attendu un peu, pour le formuler au plus juste. L’espace d’un instant, on le partage. Elle ne referme pas la porte. Mais on ne saura pas la suivre dans le soir. C’est difficile.

Une Réponse à “Philippe Delerm”

  1. si j’ai un petit conseil à te donner écris en plus gros
    michelle

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